Sunday, November 13, 2005

 

Les lois internationales ne s'appliquent-elles pas au Burundi? Ou c'est la communauté internationale qui ne s'en soucie pas?

A quand la fin du deux-poids, deux-mesures?

Human Rights Watch vient de sortir un rapport dans lequel il s’indigne que des criminels de guerre et autres violateurs de droits de l’homme sont candidats aux législatives et les provinciales afghanes.[1] Ceci est une raison valable de s’alarmer pour quiconque a en estime les droits de l’homme. Comme ce rapport est le nième avertissement émis par par ce groupe fort respecté dans le monde des droits de l’homme, nous pouvons nous interroger sur la suite que la communauté internationale a réservée à ses multiples cris d’alarme. Nous constatons qu’il y a souvent une absence de réactions appropriées. Ce manque de suivi est d’autant plus alarmant pour un burundais conscient que les reines du pouvoir de son pays sont entièrement entre les mains de personnes ayant commis des crimes de guerre et d’autres crimes impardonnables dont le génocide. C’est pourquoi ce rapport nous invite à tenter une comparaison entre le groupe qui dirige le Burundi actuellement et les seigneurs de guerre qui sont en passe de se faire élire dans le scrutins afghans. Loin d’ériger un mur de lamentations sur ces crimes que certains voient déjà comme une cause perdue, étant donné qu’ils sont en passe d’être pardonnés, nous voudrions montrer en quoi la situation actuelle en afghanistan rappelle les élections qui viennent de se dérouler au Burundi.
Tout comme les candidats afghans potentiellement responsables de graves violations de l’homme dont Human Rights Watch est en train d’avertir le danger, les récentes élections au Burundi ont été remportées par le CNDD-FDD, un groupe qui se réclame abusivement comem étant des “freedom fighters” alors qu’en réalité ce ne sont que d’anciens tueurs et pilleurs invétérés – si du moins on doit appeler le chat par son nom. Faut-il en effet rappeler que du point de vue militaire, le CNDD-FDD n’a jamais attaqué aucun camp militaire, et rarement une installation du genre ou un convoi militaire. Par contre, les infrastructures publiques, de même que les civils sans défense, étaient leur cible privilégiée. Beaucoup de civils innocents sont tombés sous les coups de ces hors-la-loi, aussi bien dans leurs domiciles que sur les routes où un bon nombre a été massacré de sang froid. A titre de rappel, des déplacés (parmi lesquels des femmes et des enfants) furent tués par centaines à Bugendana en juin 1996, tandis qu’au 30 avril 1997, plusieurs dizaines de jeunes séminaristes étaient massacrés à Buta par le même CNDD-FDD qui en a revendiqué la responsabilité sur les media internationaux.
De toute évidence, toutes les accusations ayant poussé Human Rights Watch à lancer ce cri d’alarme (les attaques contre les civils, enlèvements, pillages, etc.) sont caractéristiques de la soi-disante lutte pour la démocratie que le CNDD-FDD a menée toute une décennie durant. Ne serait-ce que pour cela, le CNDD-FDD n’aurait jamais dû etre agrée comme parti politique. En effet, aucun parti politique digne ne peut se livrer à l’extermination d’une ethnie, fut-elle accusée d’avoir monopolisée le pouvoir pendant des années. Or, tout au long de ses années de maquis, le CNDD-FDD ne faisait que ça. Ainsi par exemple, lors de son offensive de décembre 1997, l’ordre de bataille enjoignait aux combattants et autres partisans du CNDD-FDD de tuer au moins 5 tutsi chacun, ce qui, selon le plan, écarterait à jamais le danger tutsi, assurant du même coup la libération définitive des hutu. A l’époque de cette attaque de décembre 1997, le CNDD-FDD était certes dirigé par Léonard Nyangoma, mais aucun des ses successeurs (pas même l’actuel Président de la République en dépit de sa prétendue foi chrétienne) n’a daigné dénoncer ce plan ou condamner l’idéologie de génocide ouvertement proclamée au début de la guerre du CNDD-FDD. Au contraire, malgré sa condamnation à mort pour pose de mines sur la voie publique, Pierre Nkurunziza et ses deux compères (Léonard Nyangoma et Jean-Bosco Ndayikengurukiye) se sont retrouvés sur les listes électorales le plus naturellement du monde, exactement comme les criminels de guerre afghans et autres neo-tallibans que Human Rights Watch signale aujourd’hui. Bien sûr que dans l’entre-temps, le CNDD-FDD a pris soin d’assaisonner ses slogans de campagne d’invocations répétitives de restauration de la démocratie et de la justice pour tous. Cependant, cela se faisait à des fins de propagande, une manoeuvre tactique par laquelle on tentait de masquer la base ethniciste de la raison d’être du CNDD-FDD. L’électorat, littéralement ligoté par la loi électorale aux listes bloquées mais qui regorgeaient de criminels de guerre jouissant d’une amnistie de fait, n’a eu d’autre choix que de jouer le jeu. La communauté internationale fut très complice dans cette opération: les Nations Unies ont salué la liberté et la transparence ayant caractérisé le vote; Human Rights Watch a, pour sa part, brillé par le silence malgré l’élection jusqu’au plus haut sommet de l’Etat des mêmes individus dont il décriait les crimes quelques années seulement auparavent. Pensait-on qu’une fois amnistié, un criminel non répenti se muerait en bon démocrate?
En court, le scénario que Human Rights Watch craint de voir dans l’Afghanistan d’après les élections est celui qui prévaut actuellement dans les institutions du Burundi d’aujourd’hui. Ceux qui ont commis le plus de crimes contre l’humanité et des crimes de guerre détiennent la majorité dans les institutions du Burundi. Ils célèbrent actuellement leur contrôle total des rouages de la machine étatique (dont le judiciaire qui les aurait poursuivis sous d’autres cieux) alors que leurs victimes se voient réduits au silence et à la frustration. Plus révoltant encore, c’est que tout comme dans l’Afghanistan d’aujourd’hui, tout le drame burundais s’est déroulé en dépit des appels incessants d’acteurs tant burundais qu’étrangers. Déjà en 1996, la Ligue Iteka signalait que le CNDD-FDD était coupable de graves violations de droits de l’homme.[2] D’autre part, l’ACCORD CADRE POUR LA RESTAURATION D’UN ETAT DE DROIT n’a cessé de rappeler que la guerre que menait le CNDD-FDD est une guerre génocidaire comme en témoignent les groupes armées de la sous-région avec lesquels il est en alliance.[3] En effet, à cause de leurs accords avec l’ancienne armée rwandaise coupable de génocide, le CNDD-FDD et ses alliés (ALIR, les Ex-FAR, les milices Interahamwe, le FNL-PALIPEHUTU) ont été reconnus à juste titre comme des forces négatives qu’il faut démanteler.[4] Bref, les appels de l’ ACCORD CADRE et la Ligue Iteka ne diffèrent en rien de ce que Human Rights Watch fait actuellement en Afghanistan, à savoir, demander que soient écartés du processus électoral tous les candidats accusés de graves violations des droits de l’homme.
En un mot, si on peut faire campagne pour que l’Afghanistan se dote d’institutions exemptes de violateurs des droits de l’homme, il s’en aurait fallu beaucoup que la même cure soit appliquée au Burundi, si du moins tous les pays sont égaux en droits conformément à la Charte des Nations Unies. Dans la même optique, si comme l’indique le rapport de Human Rights Watch , “ce qui n’est pas acceptable ailleurs en démocratie ne peut pas être acceptable en Afghanistan,”[5] admettons, mutatis mutandis, qu’on se doit toujours d’œuvrer de telle sorte que le règne de l’impunité qui a élu domicile au Burundi prenne fin. Aussi, la place des dirigeants du CNDD-FDD ne se trouverait-elle pas au parlement et au gouvernement burundais, mais en prison.

[1] Afghanistan on the Eve of Parliamentary and Provincial Elections. Human Rights Watch. August 2005.
[2] Déclaration de la Ligue Iteka sur les violences des bandes armées. le 10/04/1996
[3] Accord de cssez-le-feu en République Démocratique du Congo. Annex A, Chapter 9
[4] Lusaka Ceasefire Agreement for the Democratic Republic of Congo, Annex A, Chapter 9
[5] traductionlibre de “what is unacceptable in democracy elsewhere is not deemed acceptable in Afghanistan.”Afghanistan on the Eve of Parliamentary and Provincial Elections. Human Rights Watch. August 2005. page 6

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